À PROPOS
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Je m’intéresse à ce qui, dans le monde naturel, se trouve dans un état de précarité et je l’archive plastiquement à travers diverses techniques de « fossilisation artificielle ». Je suis mobilisé par la volonté de préserver un héritage naturel et de mettre en lumière son importance, puis, à ma façon, de m’assurer qu’une forme de trace puisse être préservée.
J’expérimente conceptuellement avec la notion « d’archivage » dans un travail de terrain. Je porte actuellement mon regard sur les enjeux de la biodiversité, j’utilise donc comme sujets des animaux désignés vulnérables ou menacés. En utilisant une multitude de techniques de moulages, je travaille directement avec eux de sorte à archiver leurs empreintes sur différents supports : argile, sable, pigments naturels, etc. Je duplique ensuite celles-ci et je les intègre dans mes œuvres. Cette trace devient ainsi un matériau qui donne une voix au sujet.
J’utilise plusieurs médiums artistiques pour matérialiser mon langage, tout en focalisant légèrement sur mon amour premier: la peinture. J’inclus dans ma démarche une maitrise technique de la figuration réaliste ainsi qu’une exploration abstraite et expressive purement plastique. L’objectif est de rallier quelques éléments de la peinture animalière à une démarche expressionniste actualisée. À la peinture, je greffe thématiquement la sculpture et l’installation, qui me permettent de développer davantage autour du concept de l’empreinte et de me garder un champ de recherche ouvert et évolutif.
Ma démarche implique une collaboration nécessaire avec des professionnels du milieu de l’environnement. Les politiques d’accès aux espèces choisies nécessitent le développement d’un réseau d’acteurs clés du milieu. Ainsi, la genèse de chaque projet sert de premier tremplin au volet sensibilisation et médiation de ma démarche. Ma pratique devient ainsi un véhicule discursif humain avant d’être esthétique. Cela me permet d’aborder le thème de l’environnement en utilisant le dialogue comme forme de discours et aide à positionner le rôle respectif des acteurs du projet : moi en tant qu’artiste, mes collaborateurs en tant que spécialistes de l’environnement.
De plus en plus, je pratique le « détournement d’objet ». Un peu comme l’archivage d’empreintes, cette pratique ajoute une dimension « documentaire » à mon travail, tout en forçant un dialogue entre les objets modifiés et la réalité intrinsèque desdits objets. Je présente souvent ces objets dans des mises en scènes, ce qui permet d’ajouter une certaine narrativité aux œuvres et d’augmenter leur charge communicationnelle. Cette pratique entre aussi dans une volonté de questionner l’impact environnemental de ma production artistique et de justifier esthétiquement l’utilisation de matériaux recyclés, que j’incorpore progressivement dans mon travail.
…et des fois, en parallèle ou en complémentarité, j’inclus dans ma démarche une dimension plus « funky » ou sucrée. Je la perçois comme une sorte d’échappatoire vis-à-vis la pesanteur que peut représenter les enjeux environnementaux. J’utilise généralement l’humour dans mon travail afin de pallier à cette angoissante perspective sur l’avenir de notre planète. Toutefois, parfois, l’humour ne suffit pas, car l’humour est souvent sentie comme une forme de cynisme déguisé. Et j’essaie d’éviter le cynisme. Je puise alors dans la fantaisie. Celle-ci se matérialise souvent sous la forme d’un dialogue entre moi et un personnage fictif que j’ai créé afin de traiter des enjeux contenus dans mon travail : Monsieur Gustin.
Dans chacune des oeuvres où ce concept est utilisé, le personnage est représenté auprès d’un autre élément graphique clé qui me sert de « transmetteur d’information », un peu comme une sorte de téléphone surréaliste qui me permet d’entrer en contact avec lui : le grille-pain. Ces derniers sont sans doute le fruit le plus probant de mon intérêt pour la notion de langage et de quelques influences convergentes et insoupçonnées issues de mes études en histoire de l’art et en traduction. Sans tomber dans la sémantique, ce concept est, en quelque sorte, un dérivé « tiré par les cheveux » imagé et humoristique du concept de signifié/signifiant développé en linguistique moderne.
L’une des premières définitions du concept décrit le signifié comme étant le concept ou la représentation mentale d’une chose. Il est dit comme complémentaire au signifiant qui lui, désigne tous les mécanismes communicationnels palpables qui renvoient à cette chose. Dans mon travail, Monsieur Gustin est un interlocuteur avec qui j’échange sur le sujet traité. Pour ce faire, je le mets en scène, de sorte qu’il personnifie le sujet du tableau. Le sujet étant mental et impalpable, je confère ainsi à Monsieur Gustin le rôle de « signifié ». Le grille-pain, lui, étant l’outil qui me permet d’entrer en contact avec Monsieur Gustin, symbolise les différents mécanismes psychiques qui nous amènent à accéder et à identifier le sujet ; ce qui lui donne le rôle de « signifiant » (ce dernier « stretch » de ma démarche artistique est très opaque, j’en suis désolé. Je le comprend à peine moi-même).
Tout en justifiant un recours à l’illustration, que j’affectionne pour des raisons bien subjectives, l’objectif est de soulever, en humour et sans aucune prétention intellectuelle (vraiment aucune), le rôle impératif que joue le langage dans notre entendement du monde et de relativiser toute morale pouvant être comprise à travers mon travail. Encore une fois, désolé pour ce texte.